THE WALL, La guerre en Irak résumée dans un bac à sable

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07.06.2017
Le tout tient en un peu plus de 1h20 bien tassée certes, mais ne sacrifiant jamais la psychologie des personnages sur l'autel du divertissement tout comme il n'oublie pas de tenir en haleine son spectateur. Comment ?

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Dans la nouvelle disposition actuelle du cinéma en dehors des salles de cinéma, l'affrontement entre deux nouveaux géants du streaming, Netflix et Amazon, donne lieu à ce que l'on pourrait appeler une course à l'armement sans merci, chacun des deux groupes essayant d'attirer des noms ronflants afin de gagner des abonnés. Et si Netflix a récemment frappé fort avec les prochains films de Bong Joon-Ho (« Okja », en sélection officielle à Cannes) ou bien de Martin Scorsese (100 M$ sur la table pour un film réunissant Al Pacino, Robert De Niro et Joe Pesci), Amazon avait réussi à recruter Doug Liman pour réaliser un film de guerre minimaliste dans son concept, moins dans son discours.

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En effet, le cinéma de divertissement étant désormais tourné vers un plus grand public, il semblerait que les films plus adultes et matures, les fameux films du milieu, ont trouvé un autre terrain de jeu pour s'épanouir sur ces nouveaux réseaux. Doug Liman a beau compter quelques gros succès au box-office et mener une carrière honorable à Hollywood, il semblerait qu'il ai trouvé le parfait partenaire en la personne d'Amazon qui se lance dans la fiction cinématographique, après avoir bien développé son pôle série.

Il en résulte un film de dispositif qui compte à peine dix acteurs (dont trois principaux), un décor unique et une trame de départ simple. Le tout tient en un peu plus de 1h20 bien tassée certes, mais ne sacrifiant jamais la psychologie des personnages sur l'autel du divertissement tout comme il n'oublie pas de tenir en haleine son spectateur. Comment ?


La guerre en Irak résumée dans un bas à sable

Et bien déjà, Liman reste un formaliste brillant, désormais bien expérimenté et qui trousse un film malin, qui exploite bien son concept de base et qui surtout, visuellement, se révèle assez brillant. Un bout de décor unique, mais bien exploité et évolutif au gré des péripéties, une grande inventivité au niveau des cadrages, une belle exploitation des symboliques, un découpage serré tout comme une gestion de la tension particulièrement habile.

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Ensuite, il dirige ses acteurs avec beaucoup de précision. Si la star du catch John Cena n'a pas un grand rôle, le bougre joue juste et se révèle parfois étonnant au détour de quelques répliques. Plus solide encore, la prestation de Aaron Taylor-Johnson, très investit et particulièrement bon pour rendre palpable la notion de douleur physique (son perso en chie grave!!).


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Evoluant parfois à la lisière du fantastique, avec son ennemi omniscient, lettré, invincible, fantomatique et donc redoutable, le film peut provoquer l'ennui vers le milieu mais il sait rebondir, nous captiver, nous rendre aussi captif que son personnage principal, débrouillard certes, mais bien trop tendre pour lutter contre un adversaire aussi expérimenté. Le film est aussi un formidable condensé du conflit irakien et de la défaite, pas forcément militaire, de l'armée US mais aussi et surtout d'une politique extérieure agressive aux effets dévastateurs.

THE WALL

De Doug Liman

Avec Aaron Taylor-Johnson, John Cena, Laith Nakli

Date de sortie 7 juin 2017



Texte: Loïck Guerel