"Three Billboards" est-il le premier véritable film de l'Amérique post-Trump ?

Critiques
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20.01.2018
Ces clichés sont-ils fondés ? Peu être. Certainement. Sous couvert d'histoire vengeresse d'une mère déchirée par le viol et le meurtre de sa fille "Three Billboards" brode le portrait d'une Amérique en mal de repères

Three Billboards

Le réalisateur du film, Martin McDonagh est d'abord un dramaturge anglais qui porte depuis ses premiers films ("Bons baisers de Bruges", "Sept psychopathes") un regard cynique, empreint d'humour noir sur la violence d'un monde qui cherche à la justifier. Il trouve dans "Three Billboards" un champ d'expérimentation idéal. Dans cette Amérique profonde souvent stigmatisée, McDonagh entraîne ses personnages dans une spirale de fureur, à la fois destructrice et rédemptrice. Plutôt que d'attaquer frontalement et finalement assez facilement une certaine idée de l'Amérique trumpienne, il préfère embrasser tout ce qui mine la société, du racisme à la fascination pour les armes en passant par le mythe du cow-boy conquérant et vengeur et la droite suprémaciste.



Ces clichés sont-ils fondés ? Peu être. Certainement. Sous couvert d'histoire vengeresse d'une mère déchirée par le viol et le meurtre de sa fille "Three Billboards" brode le portrait d'une Amérique en mal de repères, engoncée dans des certitudes ébranlées, incapable de redéfinir les notions de bien et de mal. Cette femme a-t-elle raison de mettre au pilori la police locale en accablant le shérif atteint d'un cancer ? Chacun choisira son camp et en changera en fonction de l'interprétation des évènements. Le personnage de Mildred Hayes dépasse les archétypes féminins habituels. Elle est emplie d'une rage, d'un feu qui la consume et qui la pousse jusqu'au boutisme dans ses convictions, quitte à s'arranger avec la réalité.

On ne peut que partager sa douleur, mais on ne peut s'empêcher de se demander si elle ne sombre dans une folie aux conséquences dramatiques. Frances McDormand est extraordinaire de froideur et de détermination dans le rôle, aidée par des partenaires de jeu tous excellents. Les dialogues sont savoureux, souvent drôles malgré les situations. Woody Harrelson, tout en retenue, campe un shérif touchant qui provoquera un basculement dans le récit vers le véritable sujet du film. Oui, le racisme c'est mal. Oui, la vengeance ne résorbera pas la peine provoquée par la perte d'un être aimé. Rien ne sert de faire le constat d'évidences. La véritable question que pose "Three Billboards" est : avons-nous, nous êtres humains enchaînés dans nos certitudes, la capacité de changer ?


Three Billboards

Three Billboards

Et c'est en grande partie à travers le personnage de l'adjoint abruti et raciste Dixon, à qui Sam Rockwell injecte tout son talent et son charisme, que le film répondra à cette question. Il se purifiera littéralement à travers les flammes. Ce même feu qui consuma le corps de la fille de Mildred. À travers la métaphore du feu, à la fois destructeur et rédempteur, Martin McDonagh ne fait que traduire la notion de libre abrite qui habite chacun. Sous ses airs de drame violent et anxiogène se cache dans "Three Billboards" un véritable message d'optimisme. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Ce message se mérite et il est bien caché derrière un humour noir et cynique. Le monde dans lequel on vit est pourri, nous dit Martin McDonagh, mais à défaut de l'améliorer, rien n'oblige à le rendre plus laid.


Three Billboards

3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE

De Martin McDonagh

Avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell

Date de sortie 17 janvier 2018