"Tomb Raider" à tombeau ouvert

Critiques
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16.03.2018
Pourtant, le film ne manque pas de bonnes idées, une héroïne plus proche du réel et désexualisée (adieu le mini-short et les gros boobs), un questionnement quant à la différence en vérité tangible et mythologie, un antagoniste rendu fou par son isolement sur une île. Autant d'éléments de scénarios intéressants, mais constamment sous-exploités et sacrifiés sur l'autel du spectaculaire

Tomb Raider

Le reboot de Tomb Raider s'inspire du jeu vidéo lui-même rebooté en 2013 qui s'inspirait du cinéma. Donc la version ciné de 2018 est un film qui s'inspire d'un jeu vidéo inspiré du cinéma. Une triple mise en abyme qui accouche d'une série B décevante malgré quelques bonnes idées.

"Laura, si tu vois cette vidéo, c'est que je suis mort"

Lara Croft ne croit pas à la mort de son père disparu 7 ans plus tôt. Celui-ci traumatisé par la mort de femme se donne comme mission de découvrir les mystères surnaturels du monde pour mieux se rapprocher de sa défunte bien-aimée. C'est ainsi qu'un jour, il découvre le lieu de sépulture de la reine Himiko sur l'Île du Yamatai au sud du Japon. Il n'est pas le seul à désirer retrouver celle qu'on surnomme la Mère de la Mort. Lara devra donc pour découvrir le sort de son père combattre la mystérieuse organisation Trinity.



Les fans du jeu de 2013 pourront s'amuser à reconnaître les lieux et les péripéties dans la version portée par les pas si fragiles épaules d'Alicia Vikander, seule actrice à sortir du lot dans un casting prisonnier de personnages caricaturaux. Pour les autres spectateurs, le film ressemble moins à un jeu de piste qu'à une ballade champêtre au bois de Boulogne où le seul risque (ça dépend pour qui) serait de tomber sur un travelo brésilien au doux nom de João. Car c'est bien là le problème de "Tomb Rider", après 15 premières minutes intéressantes qui éloignent le personnage de Lara de ses origines privilégiées, le film s'enlise dans une suite de séquences dont en anticipent sans trop se fouler celles qui vont leur succéder. C'est comme si tu jouais au combiné loto foot en connaissant d'avance les résultats. C'est bien, tu sais que tu vas gagner, mais c'est quand même moins existant. Eh bien c'est pareil dans "Tomb raider", un enchaînement de situations à la désagréable sensation de déjà-vu, des dilemmes moraux mille fois exploités et une caractérisation des personnages archétypale qui entraine des réactions pavloviennes (pauvres Walton Goggins et Daniel Wu) .


Tomb Raider

Tomb Raider

Un produit de grande consommation, c'est forcément mauvais?

Le film est réalisé, comme il est de coutume maintenant, par un novice à Hollywood et inféodé aux studios.Roar Uthaug, metteur en scène norvégien, à qui l'on doit les très bons "Colder Prey" et "The Wave", fait ce qu'il peut et parvient le temps de quelques scènes d'action bien senties à offrir autre chose que le tout-venant malgré des effets spéciaux numériques baveux. Mais la direction artistique manque d'originalité et les décors et lieux d'action ressemblent à tout ce que l'on peut voir dans le cinéma d'aventure des années 2010, (ex le récent "la Momie"). Pourtant, le film ne manque pas de bonnes idées, une héroïne plus proche du réel et désexualisée (adieu le mini-short et les gros boobs), un questionnement quant à la différence en vérité tangible et mythologie, un antagoniste rendu fou par son isolement sur une île. Autant d'éléments de scénarios intéressants, mais constamment sous-exploités et sacrifiés sur l'autel du spectaculaire.


Walton Goggins et Daniel Wu

De plus le rapport qui, certes uni de façon historique dans la saga Lara et son père, manque cruellement d'originalité et d'une véritable épaisseur dramatique. Pourquoi, à l'heure d'un cinéma pseudo engagé doit-on encore avoir une héroïne de 21 ans, célibataire et sans enfants qui n'arrive pas à se libérer du complexe d'Électre (équivalent féminin du complexe d'Œdipe)? Les héros masculins, aussi bien au cinéma (Harrison Ford va reprendre le lasso d'Indiana Jones à près de 80 piges) que dans les jeux vidéo (Kratos dans le prochain "God of War", dans "The Last of Us" ou même dans "Fallout"), possèdent des figures vieillissantes, voire paternelles.


Tomb Raider

La femme est-elle l'avenir de l'homme?

Autant de représentations du masculin pas coincées dans une jeunesse et une "pureté" éternelles. Un traitement des personnages à un autre stade de leur vie, donc à la psychologie différente, encore réservé aux hommes. Alors pourquoi ne pas imaginer que la vraie part de revendication féministe dans le reboot de Lara Croft aurait été d'imaginer une héroïne grisonnante, mère, voire égrise et usée par une vie d'aventures. Un nouveau personnage servant de base pour explorer de nouvelles histoires et prendre de vrais risques narratifs, sans pour autant sacrifier l'objectif premier de ce genre de production : divertir. Une notion que ne parvient même pas (ou très rarement) à atteindre, malgré l'excellente prestation d'Alicia Vikander, ce nouveau "Tomb Raider". Produit manufacturé à 100 millions de dollars paresseux et instantanément daté.


Tomb Raider

TOMB RAIDER

De Roar Uthaug

Avec Alicia Vikander, Dominic West, Walton Goggins et Daniel Wu

Date de sortie 14 mars 2018.

Rédaction Cinktank