"Valérian" et la Cité de la Peur des mille planètes de Luc Besson

Critiques
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27.07.2017
Si on était Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, les créateurs de la bande dessinée originale, on attraperait Luc Besson, et on lui casserait les genoux.

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"Valérian et la Cité des mille planètes" est un film écrit, produit et réalisé par Luc Besson, avec Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen et Rihanna.



Il s'agit d'une libre adaptation de l'univers de la série de bande dessinée française "Valérian et Laureline" scénarisée par Pierre Christin et dessinée par Jean-Claude Mézières, notamment du sixième album, L'Ambassadeur des Ombres, paru en 1975. Le titre du film fait référence au deuxième album, L'Empire des mille planètes, paru en 1971, mais n'en reprend pas l'axe narratif.


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Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d'agents spatio-temporels chargés de maintenir l'ordre dans l'univers. De retour de mission à Alpha, vaisseau/planète, une force menace l'existence de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais aussi l'avenir de l'univers.


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Bon ben voilà c'est fait, on a vu "Valérian et la Cité des mille planètes". Entré dans la salle un peu anxieux au vu des premières critiques américaines et finalement ressorti déçu par un film au mille promesses, mais qui n'en tient aucune.

Gros enjeu financier et semble t-il succès impératif pour la survie de la société de production de Besson EuropaCorp, "Valérian et la Cité des mille planètes" est un film monstr(ueux) du mogul du cinéma français. Des moyens inimaginables mis à disposition d'un réalisateur autrefois visionnaire et omnipotent, qui devait marquer la première série (presque) made in france d'un univers étendu et d'une franchise internationale. Pas de bol, peu de chance de revoir un autre épisode des aventures des agents spatio-temporels.


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La faute à un scénario infantile et balisé, un casting inapproprié (mis à part Cara Delevigne, qui bouffe l'écran face à son collègue) le desservant totalement et une réalisation engoncée et déjà datée, "Valérian" se vautre. Un ratage complet.

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Besson décide de nous embarquer dans son space opéra en oubliant les règles de base du genre. C'est con, parce qu'en plus, c'est écrit dans le titre. D'abord, la notion "d'espace" (space), nous sommes, hormis la première demie heure plutôt réussie, enfermé dans des décors bas de plafond et une utilisation de l'espace, qui peine à valoriser les acteurs et leurs mouvements. Ni Dane DeHaan, ni Cara Delevingne, ne semblent à l'aise dans l'expression de leurs personnages et dans les lieux dans lesquels ils évoluent.
Il est aussi difficile d'apprécier ce qui se passe autour d'eux, que ce soit en profondeur ou en hauteur. La caméra parait lourde et la mise en scène pataude, peine à mettre en valeur un univers riche et foisonnant.
Ensuite "opéra", qui si on se réfère au genre musical, induit forcément du lyrisme, de l'envergure et du souffle. Qui jamais ne se font ressentir dans le film de Besson. Les gags tombent à plats et en lieu et place d'une continuité scénaristique cohérente, le réalisateur ne semble s'intéresser qu'aux tableaux dans lesquels évoluent ses personnages. C'est moyennement beau, c'est complètement creux.


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Le genre, l'histoire, ne semblent pas intéresser l'auteur du "Cinquième Élément", seuls comptent la forme et l'exercice de style. L'immensité du projet passe devant la priorité que devrait faire sienne chaque film : comment vais-je raconter une bonne histoire ? Et surtout placer son histoire sous le signe de l'enfantin ne doit doit pas être confondu avec l'infantile. Source d'une manie irritable au possible de prendre par la main le spectateur et de sur-expliquer ce que l'on nous montre à l'écran, au cas où on serait trop con pour comprendre que les gentils sont trop trop gentils et les méchants très très méchants.


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On peut s'interroger sur la pertinence de ne pas prendre le temps de nous introduire les personnages principaux, leurs "origin story" alors, que de l'aveu même de Besson, "Valerian" devait concurrencer les blockbusters américains sur leur propre territoire. Territoire pour qui Valérian et Laureline sont de parfaits inconnus.


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"VALERIAN" ÇA SENT PAS BON POUR LUC BESSON ET EUROPACORP

L'autre problème, est que la morale écolo New Age sonne comme un mauvais souvenir des années 90 et que le film souffre de la comparaison avec "Les Gardiens de la galaxie" et les reboots de Star Wars (même s'ils sont critiquables). Il manque à "Valérian", la maitrise technique d'un JJ Abrams et le sens du tempo comique et gentiment nostalgique de James Gunn. Surtout, l'absence d'empathie pour ses personnages empêche les spectateurs de porter un interêt aux péripéties de Valérian et Laureline. Depuis toujours, Besson et la critique se sont opposés et depuis toujours le public à tranché en faveur du réalisateur du "Grand Bleu". Même si on peut mettre de coté l'incursion arty de Besson avec "Angel-A" et le biopic avec "The Lady" (on parle pas de "Malavita", parce qu'on n'a toujours pas compris).

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Avec le succès de "Lucy", l'histoire d'une clé USB qui se bat contre des yakuzas, Besson a pu financer son projet et tenter de se faire une place parmi les cinéastes qu'il admire et dont il espère partager le talent. Malheureusement on a beau aimer le réalisateur des cultes "Leon" et "Le Cinquième élément", il peine à se hisser au niveau de James Cameron ou de Spielberg. "Valérian et la Cité des mille planètes", c'est dommage, "Valérian et la Cité des mille planètes" c'est un gâchis.

rédaction Cinktank