Comment je me suis disputé... «Star Wars : le dernier Jedi».

Edito
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24.01.2018
Johnson n'en fait qu'à sa tête, triture la mythologie, remet les choses à leurs places, comme lui le voulait sans doute (plusieurs fans de l'époque n'ont pas aimé «Le retour du Jedi» et son côté trop propre et mignon).

Star Wars : le dernier Jedi

Depuis sa sortie mi-décembre, ce n'est pas peu dire que le dernier opus de la saga galactique a enflammé (euphémisme) les forums, réseaux sociaux et autres médias sur lesquels les fans de la saga viennent communiquer. Pour ma part, mon sentiment sur le film est double, difficile à résumer mais souvent en contradiction avec la plupart des fans, ou déclarés comme tels, de l'univers crée par George Lucas.

Tout d'abord, on va reprendre quelques points polémiques du film et se poser les bonnes questions.

Le principal reproche qui avait été formulé par une bonne partie des spectateurs de «Star Wars : le réveil de la Force» de J.J Abrams en 2015 (on parle là d'un bon dixième des habitants de la planète au bas mot), c'était que le film était trop proche des films de la trilogie originale, et plus particulièrement du film matriciel de 1977. Mais J.J Abrams est un fanboy appliqué, qui a vécu un rêve de gosse et qui l'a filmé tel quel, parce qu'il ne sait pas, encore, faire autrement.

Rian Johnson est donc vilipendé pour avoir fait l'inverse. Ne cherchez pas à comprendre, c'est une perte de temps.

Il y a tout d'abord le traitement réservé à Luke Skywalker. Vieil ermite retiré de cette société en paix, refusant de retourner faire la guerre, même pour aider sa sœur, il est considéré comme un lâche par certains fans, et par l'acteur Mark Hamill lui-même. Oui, enfin, si on occulte la fin du film où il donne une leçon de courage et de dignité, avec quelques plans sacrément iconiques. Et puis, il faut voir que Rian Johnson tue le père en quelque sorte, puisqu'il fait de Luke ce qu'il aurait dû être à la fin de «Le retour du Jedi», à savoir le double d'Obi-Wan Kenobi (qui, d'ailleurs, dans le film de 1977, refuse au départ d'aider le jeune Luke et la princesse Léia avant de céder face à l'engagement de... Luke).


Star Wars : le dernier Jedi

En effet, Solo devait mourir à la fin du 3e volet, se sacrifiant pour une cause plus grande que lui, et Luke devait se retirer loin du monde, dégoûter par le dénouement funeste. C'était la logique campbellienne, c'était la voix que voulaient suivre Lawrence Kasdan (le co-scénariste de «L'Empire contre-attaque» et de «Le retour du Jedi») et Gary Kurtz (producteur de «Star Wars», «L'Empire contre-attaque» et d'«American Graffiti», le 2ème film de Lucas datant de 1973). L'un se pliera à la volonté de Lucas, l'autre sera dégagé du projet, tout comme le réalisateur Irwin Kirshner, pourtant ancien mentor de Lucas, car ce dernier commençait à prendre trop de libertés avec les envies d'un créateur devenu despote (toutes proportions gardées bien entendu).

Johnson n'en fait qu'à sa tête, triture la mythologie, remet les choses à leurs places, comme lui le voulait sans doute (plusieurs fans de l'époque n'ont pas aimé «Le retour du Jedi» et son côté trop propre et mignon). Skywalker est aussi un être maudit, qui vit mal le fait d'avoir sans doute créé Kylo Ren, de ne pas avoir pu aider sa sœur et son ami, et qui refuse de reprendre part à un combat qui ne fait que recommencer, perpétuellement.


Star Wars : le dernier Jedi

Personnellement, ce qui m'a le plus choqué dans la scène où il jette son sabre laser, c'est plutôt la façon dont s'est amené. Face à face épique, musique itou, et là, le geste de Skywalker, la musique qui s'arrête et un gag. Bref, tout ce qui m'agace dans le cinéma moderne, qui ne respecte pas ses mythes et qui joue la carte du coup de coude complice avec le spectateur. Mais le développement du personnage de Skywalker est intéressant, et j'adore la confrontation finale et son dernier plan, qui le connecte encore plus directement avec Kenobi et Yoda. Johnson était fan du personnage et il voulait se réserver le droit de filmer sa mort, il s'en est tiré avec les honneurs, à mon sens.

Autre « mort », c'est celle de Léia. Au début du film, le vaisseau amiral est attaqué et l'état-major rebelle finit éparpillé dans l'espace... sauf Léia, qui finit, grâce à la Force, par rejoindre le vaisseau. Bon, a tous vu un «C'est pas sorcier» ou un «Temps X» consacré au sujet, et on sait que ce n'est pas possible. Bon, là, j'ai presque pouffé et je trouve le moment gênant, pour ne pas dire too much, mais je comprends l'intention du réalisateur, qui a voulu faire comme avec une personne qui se noie et a un sursaut de survie. Et la mise en scène est jolie, et ça peut marcher suivant son attachement à l'actrice Carrie Fischer. Et on remarque aussi que Johnson dézingue un autre perso issu de «Le retour du Jedi», c'est l'Amiral Ackbar.

Passons maintenant au traitement réservé aux origines de Rey et à celles de Snoke.

Depuis la sortie de « Le réveil de la Force », la planète geek suppute, subodore, élabore des théories, connecte des répliques, traque des indices : Rey est-elle oui ou non la fille de Luke ? Bon, autant vous dire que tout ça m'en touche une sans faire bouger l'autre, et que c'est une technique narrative venue du monde des séries TV qui m'agace profondément (« Lost », crée par Abrams notamment, en est à la base, « Game of Thrones » voit les forums consacrés au sujet gangrénés par ce genre de théories également). Le fait qu'elle la fille de personne (quoique ça ne soit pas définitif mais on y reviendra) est juste génial et j'ai adoré cette scène.


Star Wars:  The Last Jedi

Ren n'a en plus aucune raison de lui mentir, le fait qu'elle soit la fille de Skywalker, et donc sa cousine, l'aurait sans doute fait venir plus facilement de son côté mais passons. La Force ne doit pas être un pouvoir génétique, dynastique. Elle appartient à tout le monde, et c'est ce que Johnson veut faire passer. La Force s'acquiert, s'apprivoise, se domine, s'obtient par le travail. C'est un pouvoir démocratique, et Lucas en avait fait un hasard de la vie dans sa prélogie (que Johnson envoie aux orties par ailleurs). Un retour aux sources bienvenu, et une scène marquante. Reste que devant la grogne de fans, l'actrice Daisy Ridley a dit que rien n'était définitif à ce sujet, et nul doute que Disney et Abrams cèderont sur ce point... avant de se faire critiquer comme quoi rien n'était prévu à l'avance et qu'ils ne font qu''écouter les fans.

Quant à Snoke, on s'en fout d'où il vient, qui il est, ce qu'il veut. C'est un méchant basique (moi vouloir pouvoir car moi très méchant) et il n'est guère plus développé que L'Empereur dans la trilogie originale ou Boba Fett dans «L'Empire contre-attaque». Et puis, aux fans de se faire leur idée, leurs théories, de faire travailler LEUR IMAGINATION. Et sa mort est utile à un protagoniste central de la nouvelle trilogie : Kylo Ren. Son acte meurtrier, son 2nd meurtre du père, lui fait passer un nouveau cap dans son développement. Et pour le coup, ces rebondissements sont vraiment surprenants. Mais le fan n'aime pas les surprises.


Star Wars:  The Last Jedi

Enfin, il y a la polémique, surtout aux USA, des fameuses 8 secondes muettes, après le suicide en mode vitesse lumière. Des cinémas ont dû mettre un panneau précisant que ce n'était pas un problème technique. Certains estiment qu'on leur a volé 8 secondes de son de «Star Wars». Bon, on va pas épiloguer sur la bêtise hallucinante de tout cela, mais ça cristallise pas mal de choses.

Déjà, c'est passer outre la beauté sidérante de ce plan, sans doute l'un des plus beaux de toute la saga. Et d'un point de vue général, Johnson s'affirme sans peine comme le cinéaste le plus brillant, visuellement, à avoir oeuvré sur la saga. Et de loin. Et c'est ce qui me pose problème avec le film.

J'adore sa mise en scène, qui recèle de morceaux épiques, de plans et d'idées hallucinantes. Je comprends certaines intentions, certains nœuds du scénario, certaines thématiques sont assez profondes (les trafiquants d'armes fournissent le Premier Ordre et les Rebelles, dépensant cet argent sur une planète où ils réduisent en esclavage la faune et des enfants pauvres), j'adore le dernier tiers et le film est parfois enthousiasmant. Mais il y a des petits défauts, des trucs qui me plaisent moins, des erreurs presque rédhibitoire, ce qui fait que ma note personnelle est inférieure sur ce film que sur «Le réveil de la Force», plus agréable, plus fluide et plus consensuel. Mais je n'oublie pas qu'il m'a fallu plusieurs visionnages pour apprécier pleinement «L'Empire contre-attaque», auquel ce 8ème volet ressemble beaucoup... mais pas de la façon attendue. Et ça, c'est déjà énorme.


Star Wars:  The Last Jedi

Texte : Loïck Guérel

Rédaction Cinktank