Marvel, DC, Universal, Paramount, Sony...Et si on faisait juste un film ?

Edito
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26.07.2017
Depuis quelques années, les films Marvel sont devenus plus ou moins des bandes annonces géantes qui teasent les films qui suivent, sans forcément se préoccuper de ce qu'ils racontent dans le produit qui vend le tout.

À l'heure de la mondialisation du cinéma mainstream hollywoodien, des univers franchisés multi-connectés et de l'uniformisation des schémas narratifs, cette demande peut paraître presque anachronique voire utopique mais elle n'en reste pas moins justifiée !


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Comment en est-on arrivé là ?

Eh bien déjà, on constate que les productions Marvel n'ont pas seulement révolutionné le business hollywoodien, il a aussi normatisé, taylorisé, institutionnalisé un schéma de consommation que tous ses concurrents essaient de copier, non pas par envie, mais contraint par le public (j'y reviendrai plus tard).

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Ce qui compte, ce n'est plus tellement le présent mais le futur. C'est pourquoi les conventions durant lesquels Kevin Feige annonce les futurs films de la firme sont devenus des événements aussi importants que la sortie des films en eux-mêmes. A peine le produit consommé, le fan attendra avec impatience le suivant, teasé à peine 20 secondes après un générique de plus de 10 minutes !!!

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Il en est ainsi de certains films comme "Captain America : First Avenger" et "Thor", produits bâclés et mal fichus servant juste à introduire les derniers membre des Avengers que les fans attendaient bien plus. Tout comme "Infinity War", teasé de manière plus ou moins convaincante depuis 10 ans, qui est au cœur de plus de discussions que le "Thor : Ragnarok" qui arrive en novembre.


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Et donc, ce type de démarches a fini par contaminer la concurrence

Ainsi, DC a voulu entrer dans la danse et sa volonté d'introduire ses membres de la Justice League via une courte séquence dans "Batman V Superman" a finit par nuire à la narration de ce film qui devait déjà raconter une histoire dense qui tient sans mal sur 3 heures (en version longue, bien meilleure que la version salle de 2h30). Et "Suicide Squad" de faire revenir dans la scène post-générique Bruce Wayne et de teasé une éventuelle confrontation entre le Squad et la Justice League (ou Batman solo). Et si "Wonder Woman" évitera quelque peu cet écueil, c'est parce que le personnage avait déjà été introduit dans le « Batman vs Superman ».

LA JUSTICE LEAGUE ARRIVE EN FORCE AVEC LE NOUVEAU TRAILER MONSTRUEUX DU COMIC CON


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Fort de ses succès ultra-rentables du passé, Universal a les coffres pleins et se décide à lancer son univers étendu, à base de Monstres, afin de renouer avec sa glorieuse légende. Sauf que "La Momie" avec Tom Cruise sert plus d'introduction à cet univers, au mépris de la logique narrative d'un film qui devrait se suffire à lui-même, devenant ainsi le cadet des soucis des producteurs, qui doivent sans doute passer plus de temps à essayer de caser les futurs clins d'oeil qui seront plus tard commenter par les fans plutôt qu'à essayer de raconter une vraie histoire, avec de vrais personnages, au sein d'une vraie dramaturgie.

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La Paramount en a fait de même avec ses "Transformers" et "XxX", tandis que Sony va faire de même avec les droits de Spider-Man (et le concours de Marvel Studios, qui a réussi à faire revenir, en partie, son héros dans son giron) et surtout autour de Venom, sans oublier la Fox qui va développer un univers autour de ses X-Men sans oublier les futurs "Avatar" 2 à 5 (même si Cameron a dit que chaque film aurait sa propre histoire)

Netflix a fait pareil avec ses Defenders, quand bien même aucune saison de ces quatre séries n'a fait l'effort de développer les connexions entre les personnages, si ce n'est à travers des personnages secondaires.

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Mais au fait, pourquoi faire un vrai film ?

Et bien déjà, pour éviter de nous ressortir les mêmes foutus schémas, avec des personnages interchangeables, des antagonistes oubliables, des rôles féminins inconsistants, des successions de saynètes spectaculaires qui ne sont jamais soutenues par une dramaturgie adéquate (héritage de la narration télévisée type Whedon/Abrams, à base de twists non-sensiques mais qui évitent au téléspectateur de zapper) et surtout, d'étouffer la vision des auteurs, qui sont de toute façon remplacer par des techniciens doués mais muselés. Et quand on voit la liste des futurs réalisateurs attachés aux différents gros projets, ça a tendance à me faire fuir car le cinéma apparaît comme perdant.

C'est d'ailleurs là où la responsabilité du public est engagée ! Alors qu'on lit à longueur d'année sur les forums qu'il y en a marre des produits Marvel et autres, on se rend compte que ce sont pourtant ces mêmes produits qui caracolent en tête, dans presque tous les pays et que ça ne pousse pas les dirigeants des studios à prendre des risques.


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De même, ça n'a pas l'air de déranger grand monde de voir un 6ème film "Spider-Man" en 15 ans (!!) avec un 3ème acteur différent dans la peau du célèbre tisseur (seul James Bond et Batman ont réussi une telle "prouesse" mais aucun d'entre eux n'avait intercalé trois films différents racontant les origines du personnage, car "Homecoming" est une origin-story bien camouflée), le film cartonnant d'entrée aux USA et dans le reste du monde.

Les univers étendu ont de beaux jours devant eux, en tout cas pour les adaptations de héros populaires bien implantés et précurseurs (Universal et Paramount vont devoir changer leur fusil d'épaule assez vite) mais il serait temps pour Hollywood de recommencer à utiliser le formidable potentiel à portée de main pour reconquérir quelques cinéphiles égarés.

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Loïck Guérel
rédaction Cinktank