Marvel vs DC : Infinity War ?

Edito
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01.05.2018
On commence à lire un peu partout que les enfants sont réellement touchés par la fin du film parce qu'il montre la disparition brutale de certaines de leurs idoles, jouant presque la première fois la carte de l'émotion et de la gravité.

La rivalité historique entre DC Comics et Marvel a donc connu une extension au cinéma. Pourtant, on peut dire que d'une manière générale, DC a toujours été plutôt gâté au cinéma, apposant sa marque aussi bien avec les différentes versions de Batman ou de Superman quand Marvel se retrouvait cantonné à des séries B voire des séries Z. Tout changera à la fin des années 90 avec déjà un premier basculement.


avengers vs dc

1997



En effet, l'année 1997 marque déjà une première bascule ainsi que le début de l'inversion du rapport de force. Cette année là sort d'un côté «Batman et Robin» pour DC Comics, sous la bannière historique de la Warner Bros, tandis que Marvel s'est trouvé un nouveau support avec la New Line pour l'adaptation de «Blade». Et si au niveau du box-office les chiffres sont largement à l'avantage de DC/Warner, la réception critique et public est plus largement à l'avantage de Marvel, qui sort un film adulte et sombre quand l'autre est puéril et trop coloré.



En grande difficulté financière, la maison d'édition Marvel vend petit à petit ses marques au plus offrant, et la Fox se lance donc dans l'adaptation grand public avec «X-Men» (c'est déjà le studio qui avait produit et diffusé durant 5 saisons la série animée que nous suivrons en France sur Canal+). Le film est un carton mondial qui lance donc la folie des adaptations ciné du genre, le cheptel de Marvel s'éparpillant partout (Spider-Man et Ghost Rider chez Columbia/Sony, le monstrueux Hulk chez la Universal, le Punisher allant chez Lionsgate tandis que la Fox s'arrogera les 4 Fantastiques et Daredevil). Marvel gardera un œil sur les adaptations et une main sur les bénéfices, accumulant au final suffisamment d'argent pour monter sa propre structure, Marvel Studios, signant un partenariat avec un autre studio, la Paramount, et lançant ce qu'on appelle désormais le MCU : Marvel Cinematic Universe.

Pendant ce temps là, Warner a lancé le reboot des aventures de Batman avec la sortie de «Batman begins» en 2005, tandis que celui de Superman, le «Superman returns» signé par un Bryan Singer alors arraché à la Fox et à Marvel, déçoit largement. Et alors que se profile la fin de la trilogie version Christopher Nolan consacrée à Batman, la Warner et DC Comics se disent qu'il serait plutôt bien de lancer son propre univers étendu.

Iron Man, la surprise

Car oui, en 2008, la Paramount et Marvel sortent «Iron Man», véritable carton mondial doublé d'un succès critique et public qui soulève une nouvelle vague d'enthousiasme, à l'heure où les autres studios peinaient à faire vivre aux super-héros des aventures décentes.



Et si «L'incroyable Hulk» de Louis Leterrier, qui sort quelques mois après, est un semi-échec, le studio a lancé son MCU avec brio, teasant l'arrivée du S.H.I.E.L.D avec Nick Fury et donc, la réunion d'un groupe appelé : les Avengers. Les films suivants présentent donc les différents héros, Marvel signe un nouveau partenariat avec Disney, et cette nouvelle ère commence en 2012 avec «Avengers» de Joss Whedon, carton critique et public historique. Les films suivants du studio continueront sur cette lancée.


marvel vs dc

Du coup, la riposte de DC est attendue, et en 2013 arrive «Man of steel», nouvelle tentative de relancer un des persos emblématiques de la maison d'édition, le tout chapeauté par Christopher Nolan pour le scénario, avec Zack Snyder à la réalisation. Le film a la pression car le «Green Lantern» de 2011 avait lui aussi tenté de lancer un univers étendu, mais s'était mangé un semi-échec doublé d'une réputation désastreuse.



Le film de Snyder est un carton solide, le film ne fait pas l'unanimité, mais le studio a confiance en son réalisateur et lui confie donc la réalisation de l'un des projets les plus attendus par les fans : «Batman v Superman». Cet opus sera plus tard sous-titré "L'aube de la Justice", et malgré l'annonce houleuse de Ben Affleck dans le costume du Justicier de Gotham, l'attente demeure fébrile. Elle sera d'autant plus forte que les bandes-annonces effacent quelques doutes chez les sceptiques.

Entre-temps, Marvel rode sa formule, gagne la guerre de la com' contre DC, annonçant le planning de sa phase III quelques jours après le lancement officiel du DCEU, plaçant plusieurs marques fortes au 1er plan : Black Panther, un Civil War au nom fantasmagorique et surtout Infinity War. Malgré des films inégaux, le studio engrange, étend son univers avec «Les Gardiens de la Galaxie» qui s'impose comme une marque forte alors que pas grand monde n'y croyait au début, et assiste tranquillement, à la crise de confiance de son concurrent, qui se mange un gros mur avec ce qui devait marquer le début de sa reconquête.

"AVENGERS : INFINITY WAR" OU LE SEIGNEUR DES ANNEAUX DE L'ESPACE


deadpool

En effet, gavé de films à l'imagerie gentillette, aux vannes inoffensives et aux mises en scène sans âme, le public du genre se retrouve désarçonné par la vision noire, cinématographique et parfois puissante, voire assourdissante, de Snyder. En plus, la Warner coupe 30 minutes du film et lui refuse un classement R alors même qu'un film comme «Deadpool» (qui ne fait pas partie du MCU je le précise), remporte un grand succès. On pourra toujours opposer deux choses à un argumentaire primaire, c'est déjà que, comme le dit Nolan, un film PG-13 n'est pas forcément incompatible avec de l'intensité et un ton adulte, et que d'un autre côté, «Deadpool» a beau avoir un classement pour adultes, il reste très puéril sur le fond.

Malgré les résultats solides de son duel au sommet, DC et Warner paniquent face à une réception critique largement négative et un certain rejet du public, d'autant plus flagrant que le Civil War qui sort quelques mois plus tard sera un succès plus important. Le studio procède à quelques changements drastiques dans sa façon de concevoir les produits : plus de LOL, plus de couleurs, moins de risques et moins d'audace.

"JUSTICE LEAGUE" EST-IL UN GÂCHIS TOTAL?



Par la suite, «Suicide Squad» s'en tire très bien au box-office malgré un résultat final catastrophique, conséquence d'une production chaotique, et seul «Wonder Woman» fera un tant soit peu l'unanimité. Toutefois, le studio s'entête et finit par virer Snyder de «Justice League», faisant venir l'artisan de la domination Marvel, à savoir Joss Whedon (l'histoire est un éternel recommencement). Le blockbuster devient une machine incontrôlable, qui accumule les problèmes en interne, qui sort alors qu'il n'est pas prêt pour satisfaire les exigences des patrons du studio qui veulent toucher leur bonus de fin d'année, et se ramasse violemment au box-office mais aussi auprès du public et, encore une fois, de la critique. Le studio change à nouveau son organigramme interne (le 3ème depuis le début du DCEU) et Marvel de se gausser toujours plus fort.

WONDER WOMAN MARQUE LA VRAIE ARRIVÉE DE DC DANS LE GAME DES SUPER-HÉROS AU CINÉMA


wonder woman

Infinity War

De son côté, Marvel prépare depuis des années le film qui la fera passer à l'âge adulte, communiquant depuis largement sur ce changement annoncé comme radical, avec la fin de certains de ses héros emblématiques. Le résultat est sans appel : "Avengers : Infinity War" a un vrai méchant, la menace qui pèse sur les héros est tangible, le film fait moins de vannes, offre un spectacle total (malgré une mise en scène toujours aussi impersonnelle et manquant d'envergure cinématographique) mais voilà, il réussit son objectif, à savoir marquer au fer rouge les enfants qui constituent la base de son public.



On commence à lire un peu partout, et je l'ai moi-même vécu lors du visionnage du film, que les enfants sont réellement touchés par la fin du film parce qu'il montre la disparition brutale de certaines de leurs idoles, jouant presque la première fois la carte de l'émotion et de la gravité. Soit exactement ce qu'on a reproché à DC/Warner quelques mois auparavant, l'obligeant à revoir sa stratégie en cours de route. On voit bien que c'est Marvel qui a les rênes, qui impose sa philosophie, qui dicte le ton du genre (la Fox avait déjà frappé fort avec «Logan», peut-être le seul vrai film vraiment adulte du genre depuis «Incassable», qui est un film au scénario original), et qui surtout, écrase la concurrence (il devrait rapporter plus d'argent sur le territoire US en un weekend que « Justice League » durant toute son exploitation).


avengers vs justice league

Alors maintenant, que va faire la Warner ?

James Wan et ses potes, désormais aux manettes de la destinée du DCEU, vont-ils avoir les coudées franches pour «Aquaman» et les autres films de la firme ? Le genre a-t-il atteint son pinacle et finira-t-il enfin par céder du terrain ? «Glass» de Shyamalan va-t-il mettre tout le monde d'accord et filer une grosse claque qui renverra les deux studios dos à dos ? Image Comics va-t-il un jour se lancer dans la danse ? À l'instar de la suite d' "Infinity War", j'ai hâte de voir ça.


marvel vs dc

texte : Loïck Guérel
images d'illustration : Space.ca, Screenrant, Adam does movies, Marvel Studios, DC

rédaction Cinktank