Ces réalisatrices qui secouent l'abricot du cinéma français

Edito
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20.03.2017
Par contre hélas, si l'on veut parler argent, alors on apprend que les réalisatrices françaises sont en moyenne payées 42% de moins que les réalisateurs. Et pif. Prends ça dans ta gueule la parité.

wecandoit

Non pas que je sois du genre à dire du bien des femmes pour m'en attirer les faveurs, non pas que je sois également assez con pour m'en attirer les foudres. Je suis dans une sorte d'équilibre vous voyez. Alors il y a eu récemment la journée intergalactique de la Femme, et puis toutes les polémiques sur ce que veut dire être Féministe, la question du corps revenant presqu'à chaque fois que l'on parle de ce sujet. Mais déjà nous chez Cinktank on est des lâches, donc loin de nous l'envie d'aller remuer les braises de la société. Et ensuite on ne peut hélas pas nous permettre de nous priver d'un lectorat misogyne. Guerre du clic oblige.
Ça fait déjà plusieurs années qu'on se le dit entre nous, et ça commence à nous démanger de le dire un peu plus fort. Dans le cinéma français actuel, il se pourrait bien que ce soit les réalisatrices qui nous proposent les films les plus intéressants, forts et risqués.

Mais avant de vous dévoiler notre liste de ces artistes, voici quelques chiffres donnés par le CNC lors d'une étude publiée en Février 2017 concernant la place qu'ont les femmes dans l’industrie cinématographique et audiovisuelle. D'abord au niveau du Cinéma français :
"En 2015, 68 films sont réalisés ou coréalisés par des femmes soit 28 films de plus qu’en 2006. En dix ans, c’est une augmentation de 71 % du nombre de films réalisés par des femmes alors que le nombre de films produits augmente de 48 %". Ensuite si l'on regarde d'une manière plus générale en Europe : "22 % des films français sortis en salle entre 2011 et 2015 sont réalisés ou coréalisés par des femmes, contre 19 % des films allemands, 11 % des films britanniques, 10 % des films italiens et 11 % des films espagnols. En 10 ans le nombre de réalisatrices a augmenté de 71 % avec 567 films produits."
Par contre hélas, si l'on veut parler argent, alors l'étude nous montre que les réalisatrices françaises sont en moyenne payées 42% de moins que les réalisateurs. Et pif. Prends ça dans ta gueule la parité.

Maintenant qu'on a dit ça, faisons un petit tour de cette nouvelle génération de réalisatrices qui sont pas là pour déconner...

Céline Sciamma


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C'est qui ?
Céline Sciamma a suivi une formation de scénariste à la Fémis. Elle utilise son scénario de fin d'étude pour réaliser, en 2006, Naissance des pieuvres. Saluée par la critique, cette première œuvre3 est présentée dans la section Un certain regard au Festival de Cannes 2007 et récompensée du prix Louis-Delluc du premier long-métrage. Avec ce film, elle est également nommée pour le César du meilleur premier film lors des César du cinéma 2008. En 2010 elle écrit et réalise Tomboy. Le film fait l'ouverture du Panorama au Festival de Berlin et rencontre un succès critique et public avec plus de 300 000 entrées. Il sort dans plus de 30 pays. Son troisième film Bande de filles, sort en 2014. Il est présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes. Elle obtient en 2017 le César de la meilleure adaptation pour Ma vie de courgette de Claude Barras, nommé à l'Oscar du meilleur film d'animation en 2017.

Son film
Tomboy, l'histoire d'une petite fille qui aurait préféré être un garçon.



Maïwenn


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C'est qui ?
Elle est d'abord connue comme actrice et mannequin. En novembre 2006 sort le film Pardonnez-moi, qu'elle a écrit, produit, réalisé et dont elle tient le rôle principal. Écrit et tourné à la manière d'un documentaire autobiographique, ce premier long-métrage en tant que réalisatrice raconte la révolte d'une jeune femme contre son père qui autrefois la battait. Elle obtient pour ce film deux nominations aux César 2007 : meilleur espoir féminin et meilleur premier film.

Son film
Polisse est le plus connu, mais on a quand même une préférence pour Mon Roi, avec Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot.



Emmanuelle Bercot


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C'est qui ?
Après le baccalauréat, Emmanuelle Bercot intègre l'École de danse Serge Alzetta, puis l'École du spectacle, où elle découvre le théâtre. Élève au cours Florent et à la Fémis, elle travaille sous la direction de Robert Hossein et Jean-Luc Tardieu. Après avoir raté le concours d'entrée au Conservatoire, elle est admise, alors qu'elle n'a pas encore de culture cinéphile, au concours de la Femis. Dans ce cadre, elle tourne le documentaire True Romanès (1995), puis le court-métrage, Les Vacances, Prix du Jury à Cannes en 1997, son film de fin d'études étant le moyen métrage, La Puce (1999), récit audacieux du dépucelage d'une adolescente par un homme mûr. Ces deux derniers films, très remarqués, révèlent Isild Le Besco, actrice fétiche de la cinéaste. Au Festival international du film de Thessalonique 2005, elle remporte le prix de la meilleure réalisatrice.
Lors du 68e festival de Cannes, elle présente en ouverture son film comme réalisatrice La Tête haute et reçoit comme comédienne le Prix d'interprétation féminine pour son rôle dans Mon roi, ex-æquo avec l'Américaine Rooney Mara pour Carol.

Son Film
La Tête Haute a beaucoup fait parler de lui, alors citons plutôt son dernier : La Fille de Brest sur la pneumologue à l'origine du scandale du Mediator. Incarnée de manière brute et magnifique par la danoise Sidse Babett Knudsen.



Houda Benyamina


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C'est qui ?
Après un CAP en coiffure, elle prend goût à la littérature et au cinéma, passe le baccalauréat L et est formée comme comédienne à l'école régionale d'acteurs de Cannes. Elle poursuit, grâce à des bourses, à l’Académie de Minsk, auprès de l'association Demain le Printemps, à l’Ontological Theater et à l’Actors Studio. Devenue actrice, elle n'en est pas satisfaite :« J'avais ma vision du monde et besoin de m'exprimer autrement, j'ai appris à écrire et à réaliser. ». Elle réalise neuf courts-métrages, primés dans différents festivals et diffusés par des télévisions (Canal+, France 2, Direct 8, TV5 Monde), dont Ma poubelle géante, une satire sociale sur la difficulté de trouver un boulot quand on est multidiplômé et de banlieue. Elle s'immerge plusieurs mois dans un campement rom de banlieue, démantelé depuis, puis co-écrit et réalise le moyen-métrage "Sur la route du paradis". Il est primé en 2011 au Festival du court métrage méditerranéen de Tanger, et au Festival international du film de Dubaï, sélectionné en 2012 par le Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand et par le Festival Cinema Africano de Milan, et est présélectionné pour les César 2013.
Elle obtient en mai 2016 au festival de Cannes la Caméra d'or pour son premier long métrage, Divines, qui remporte également trois César en février 2017, dont celui du meilleur premier film.

Son film
Divines, qui suit Dounia (Oulaya Amamra), une jeune adolescente ayant soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par sa meilleure amie Maimouna (Déborah Lukumuena), elle abandonne le lycée professionnel et propose ses services à Rebecca, une dealeuse respectée dont elle gagne progressivement l'estime. Sa rencontre imprévue avec Djigui, danseur contemporain, va lui retourner la tête.



Mia Hansen-Løve


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C'est qui ?
Elle obtient un premier rôle au cinéma en 1998, alors qu'elle est lycéenne, dans "Fin août, début septembre" d'Olivier Assayas. Elle entre en 2001 au conservatoire d'art dramatique du 10e arrondissement de Paris qu'elle quitte en 2003. Elle collabore comme critique à la rédaction des Cahiers du cinéma de 2003 à 2005. Elle réalise parallèlement plusieurs courts métrages. Son premier long, "Tout est pardonné" (2007), obtient le Prix Louis-Delluc du premier film. Au Festival de Cannes 2013, elle préside les jurys des prix Découverte du court-métrage et Révélation France 4 de la 52e Semaine de la critique.
Elle remporte l'Ours d'argent du meilleur réalisateur à la Berlinale 2016 pour L'Avenir.

Son film
Eden, le premier film qui rend hommage à la musique électronique française.



Lucie Borleteau


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C'est qui ?
Elle étudie à Ciné-Sup Nantes et obtient en 2004 une maîtrise de Cinéma à l’Université Paris VIII. Elle travaille dans différentes branches du cinéma : production, collaboration à l’écriture de scénarios pour "White Material" de Claire Denis, assistante réalisatrice pour Lou Ye, Arnaud Desplechin, mise en scène, comédienne au cinéma et parfois au théâtre. Elle a réalisé trois moyens-métrages. En 2014, Fidelio, l'odyssée d'Alice est son premier long métrage.

Son film
Fidelio, l'odyssée d'Alice, raconte l'histoire d'Alice (Ariane Labed), 30 ans, qui est marin. Elle laisse Félix, son homme, sur la terre ferme, et embarque comme mécanicienne sur un vieux cargo, le Fidelio. À bord, elle apprend qu’elle est là pour remplacer un homme qui vient de mourir et découvre que Gaël, son premier grand amour, commande le navire.



Justine Triet


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C'est qui ?
Justine Triet est une réalisatrice, scénariste et actrice française. Son premier long métrage, La Bataille de Solférino, est présenté au festival de Cannes 2013 dans la programmation de l'Acid. Elle fait partie d'une génération de jeunes cinéastes français mise en avant par les Cahiers du Cinéma en avril 2013 et révélée au festival de Cannes la même année.

Son film
Victoria, avec Virginie Efira dans le rôle d'une jeune avocate en pleine tourmente, au bord de la crise, tant professionnellement que sentimentalement. Le film sera nommé 5 fois aux César 2017 dont Meilleur Film.



Maïmouna Doucouré


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C'est qui ?
Après un bac S, elle obtient une licence en biologie de l’université Paris 6. En parallèle à ses études, elle suit des cours de théâtre2 au sein du laboratoire de l'acteur-Hélène Zidi. Elle joue dans la série Paris d'Amis diffusée à partir de septembre 2009. Son premier court-métrage "Cache-cache", sorti en 2013, reçoit le 3e Prix de HLM sur Cour(t) initié par l'union sociale pour l'habitat et la mention spéciale du jury du festival Génération Court d’Aubervilliers. Son deuxième film, "Maman(s)", a été présenté dans plus de 150 festivals et a remporté 47 prix internationaux dont le prix du meilleur court-métrage international au Festival de Sundance, le grand prix au Festival de Toronto ou le grand prix CinéBanlieue, qui lui a été remis par la Ministre de la Culture Fleur Pellerin. Il est récompensé du César 2017 du Meilleur court métrage.
En janvier 2017, de nouveau à Sundance, elle reçoit le Global Filmmaking Award pour son projet de long métrage "Mignonnes".

Son film
Maman(s), évoque l'histoire d'Aïda, une enfant confrontée à la polygamie dans sa famille. Face au désarroi de sa mère la fillette décide de se débarrasser de la nouvelle femme de son père7. Maïmouna Doucouré a dit s'être inspirée de sa vie pour raconter cette histoire.



Deniz Gamze Ergüven


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C'est qui ?
Elle grandit entre Paris (où sa famille s'installe alors qu'elle a six mois)4 et Ankara puis les États-Unis. Elle s'installe définitivement en France dans les années 1980. Après avoir obtenu une maîtrise d'Histoire africaine à Johannesburg pour entreprendre une thèse d'anthropologie, Deniz Gamze Ergüven intègre la Fémis en 2002 et sort diplômée en Réalisation en 2006. Elle déclare : « Je ne suis pas quelqu'un qui regarde la Turquie de l'extérieur ; sur le plan culturel je me sens française mais mes histoires ne concernent que la Turquie ». En décembre 2016 à Hollywood, elle commence le tournage de Kings, un film en projet depuis une dizaine d'années sur les émeutes de 1992 à Los Angeles avec Halle Berry et Daniel Craig.

Son film
Mustang, l'histoire de cinq soeurs tentant de s'évader de leur environnement strict au sein d'un village Turc et ne pas être mariées de force. En 2016, il est choisi pour représenter la France dans la course à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.



Katell Quillévéré


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C'est qui ?
Après le lycée Fénelon, elle continue ses études, en optant pour les carrières du cinéma : n'ayant pas été admise à la Fémis, elle choisit d'effectuer un Diplôme d'études approfondies (DEA) de cinéma à l'université Paris-VIII et une licence de philosophie. Elle est avec Sébastien Bailly à l'origine de la création du Festival du cinéma de Brive, consacré au moyen-métrage, et réalise plusieurs courts-métrages. Le premier est "À bras le corps", diffusé en 2005, sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs et pour les César du cinéma. Puis suivent "L'Imprudence" en 2007 et "L’Échappée" en 2009. Son premier long-métrage, "Un poison violent", se situe en Bretagne. Il est consacré à un thème peu abordé dans le cinéma français, l'adolescence, les émois amoureux et la religion catholique, et revient sur la rupture avec cette foi catholique, élément important de son milieu familial. Le film reçoit le prix Jean-Vigo. Le deuxième long-métrage, "Suzanne", est consacré à une jeune femme sans histoires qui tombe amoureuse d'un délinquant jusqu'à devenir elle-même hors-la-loi. Sélectionné au festival de Cannes 2013, il y est bien accueilli.

Son film
Réparer les vivants, adapté du roman éponyme de Maylis de Kerangal. il aborde le sujet de la greffe du coeur au travers de plusieurs histoires qui se croisent.



Valérie Donzelli


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C'est qui ?
Avant d'entrer dans le milieu du cinéma, elle suit des études d'architecture puis les abandonne pour devenir comédienne. Elle devient alors élève du Conservatoire municipal du 10e arrondissement de Paris, tout en travaillant comme vendeuse chez Ladurée, mais vit mal ses études et doute de sa vocation. C'est à ce moment qu'elle rencontre Jérémie Elkaïm qui devient son compagnon et l'encourage dans sa vocation d'actrice. Elle décroche le rôle titre de Martha... Martha de Sandrine Veysset, qui la lance à la Quinzaine des Réalisateurs en 2001. Puis elle enchaîne les seconds rôles pour le cinéma (Qui a tué Bambi ?, Le plus beau jour de ma vie, Entre ses mains), avant de se faire connaître du grand public grâce à la télévision. Elle joue notamment le rôle de Jeanne, la meilleure amie de Clara Sheller. Elle joue aussi Maïté dans "7 ans" de Jean-Pascal Hattu. Son second court métrage, "Il fait beau dans la plus belle ville du monde", réalisé en 2007, est présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2008. En 2009, elle réalise son premier long métrage, "La Reine des pommes", dans lequel elle tient aussi le rôle principal. Son film est d'ailleurs présenté l'année suivante au festival Premiers Plans d'Angers dans la catégorie «Longs métrages français» où il obtient le prix du public.

Son film
La Guerre est Déclarée, présenté au Festival de Cannes en ouverture de la Semaine de la critique dont c'est le cinquantième anniversaire. Le film coécrit avec Jérémie Elkaïm est directement inspiré de leur vie personnelle. Il raconte la façon dont leur jeune couple «qui n'était pas préparé à la guerre» a vécu la maladie de leur enfant de 18 mois. Le film a été accueilli triomphalement par la presse et le public cannois. Il a obtenu le Grand Prix du Festival du film de Cabourg ainsi que le Prix du Jury, le Prix du Public, et le Prix des Blogueurs au Festival Paris Cinéma. Avec 830 000 entrées, le film remporte un grand succès auprès du public.



Julia Ducournau


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C'est qui ?
En 2003, Julia Ducournau entre en 3e année de double licence de lettres modernes-Anglais à la Sorbonne-Paris IV après avoir effectué une hypokhâgne-khâgne (spécialité lettres modernes) au lycée Henri IV à Paris. En 2004, elle obtient sa double licence avec mention assez bien. La même année, elle intègre le département scénario de la Fémis. Dans le cadre de ses études à la Fémis, elle a l'occasion de participer à un workshop d'écriture scénaristique à l'université de Columbia encadré par Israël Horowitz. Elle sort diplômée de la Fémis en 2008.

Son film
Grave, l'histoire de Justine (Garance Marillier) qui intègre un internat vétérinaire et prend son adolescence en pleine tête. C'est à dire la métamorphose physique et la notion d'appartenance à un groupe pour être accepté. Dans sa famille on est vétérinaire de tradition, d'ailleurs sa grande soeur est elle aussi présente à l'école. L'autre détail c'est que chez Justine, tout le monde est aussi végétarien. Mais lors d'un bizutage où on la force à manger de la viande crue, elle va malgré elle être envahie par une pulsion carnivore qui va l'emmener très loin. Le film cartonne mondialement depuis sa sortie, précédé d'une énorme réputation faite dans les festivals.



Voilà, je crois qu'on vous a tout dit. On citera aussi Christine Carrière et Hélène Angel, qui sont déjà bien installées dans le métier. On aurait pu également parler de Mélanie Laurent, mais on préfère quand elle se la raconte. C'est vachement plus drôle :



Texte : Rédaction Cinktank