Le remake, cette fâcheuse manie du Cinéma - Part 1

Edito
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10.08.2017
Nous tenons à te préciser que la thématique de ce dossier concerne les remakes, ce qui exclut de facto les adaptations de romans ou de comic books qui sont, par définition, de nouvelles adaptations. Un sujet qui pourrait faire l'objet d'un dossier à part entière, mais pas ici, pas maintenant.

À l'occasion de la sortie de «Sleepless», remake du polar français «Nuit blanche» de Frédéric Jardin datant de 2011, Cinktank te propose un voyage fabuleux dans le monde merveilleux des remakes. Un monde fascinant, multiple et foisonnant. Et afin de ne pas faire le touriste de base, commençons par en évacuer directement les clichés.


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"SLEEPLESS", LE POLAR QUI NE RÉVEILLE PAS LE GENRE

Les remakes, c'est récent

Eh bien non, les remakes sont quasiment nés avec le cinéma. Dès le cinéma des origines (celui du début du XXème siècle, pas de cette époque lointaine que tu appelles avec nostalgie «années 80»), on trouve la trace de remakes comme par exemple un remake US, déjà, de «L'arroseur arrosé». L'envie de faire des remakes, pour les auteurs de l'époque, est avant tout motivée par le fait de refaire leurs films en mieux (c'est ce que feront D. W Griffith ou Cecil B. De Mille notamment). Reprendre une thématique déjà traitée par un copain aussi, partir de cette même base et refaire quelque chose à sa sauce, c'est la base du remake (voir par exemple «Les rois du désert», remake de «De l'or pour les braves» mais les deux films n'ont en commun que le pitch, avec un déroulement et un message global très différents). Par contre, l'achat de films étrangers et remis au goût du pays qui réadapte, c'est lié avec l'industrialisation du cinéma, et ce n'est pas spécifique au cinéma US (l'industrie indienne le pratique aussi).


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Les remakes, c'est juste parce que les ricains ne veulent pas lire les sous-titres


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C'est vrai... mais seulement pour une partie de la population américaine. Certains films étrangers sont distribués sur le sol US mais avec un nombre restreint de copies et essentiellement dans quelques grandes villes de la côte Ouest (Los Angeles et San Francisco principalement) et Est (Philadelphie et New York bien sûr). On parle d'une dizaine de copies grand max à chaque fois mais ces sorties existent bel et bien... tout comme en France où certains films américains ne bénéficient pas d'une forte distribution. De plus, s'il est reconnu que le spectateur américain moyen n'aime pas les films étrangers, ni doublés, ni sous-titrés, il en va de même en France où une bonne partie du grand public préfère voir les films en VF car il a la flemme de lire (ça reste un exercice qui nécessite un certain entraînement et qui peut empêcher d'apprécier pleinement un art avant tout visuel).

Au moins, nous en France, on ne fait pas de remakes !


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Et bien non, jeune cinéphile patriote, cette affirmation est fausse, enfin, surtout depuis quelques années. Alors bien sûr, le cinéma hexagonal n'adapte pas vraiment des films US en pagaille («Nid de guêpes» refait «Assaut» de Carpenter mais ça reste plus du domaine de l'hommage, moins dans le cas de «Double Zéro», remake pathétique du cultissime «Top Secret» des ZAZ sans oublier le cas «Camille redouble», largement inspiré par «Peggy Sue s'est mariée») mais va piocher un peu partout : «Demain tout commence» avec Omar Sy est le remake d'un film méxicain, «Un homme à la hauteur» celui d'un film argentin, «Antigang» avec Jean Reno pompait un polar anglais, «Fonzy» photocopiait un modèle canadien sans oublier le futur remake de «Dernier train pour Busan» par la Gaumont. Sauf que généralement, les marketeux ne communiquent pas vraiment là-dessus, le cachant délibérément à une large frange du public... d'où une certaine ignorance de ce dernier. CQFD.

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Pourquoi faire un remake alors si le film existe déjà ?

Sortir un film sur 10 copies et l'éditer ensuite en DVD, en Blu-Ray ou le proposer en VoD permet déjà à «l'original» d'exister. Pour prendre l'exemple des américains, cela permet aussi d'adapter certains particularismes, de jouer avec des codes universels, de retravailler une histoire qui était bonne à la base et bien sûr, cela peut engendrer d'énormes profits en cas de réussite (ce qui n'est jamais garanti à 100%). Reste que le remake peut parfois ressembler à du révisionnisme visant à effacer une version précédente, jugé trop subversive (voir le saccage de l'oeuvre de John Carpenter par exemple). Mais encore une fois, tant que les films «originaux» restent accessibles, le public a encore la possibilité, s'il en a la curiosité, de comparer et de continuer à faire vivre les œuvres en question.

Un remake, c'est toujours moins bien que l'original

C'est un raccourci bien pratique que l'on peut considérer comme élitiste. Vous êtes parmi ceux qui ont découvert le film original en catimini et le voir remodeler à la sauce «grand public» vous froissera certainement. Toutefois, il est parfois bon d'aborder un film sans a priori, en oubliant le fait que c'est un remake et en se concentrant sur d'autres choses, qui peuvent être améliorées d'une version à l'autre. Par exemple, «Infernal affairs» est un polar écrit de manière admirable et son remake US «Les infiltrés» reprend beaucoup de choses (avec quelques ajouts salvateurs). Toutefois, la mise en scène de Martin Scorsese enterre carrément celle d'Alan Mak. À noter d'ailleurs que le film hong-kongais a donné lieu à deux suites quand son remake s'est contenté d'un seul volet. Là encore, un cliché de bousculer !



Voilà pour le moment. On revient demain dans le monde merveilleux des remakes avec la suite !


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texte : Loïck Guérel
rédaction Cinktank