Le remake, cette fâcheuse manie du Cinéma - Part 2

Edito
Audio picto à l'écoute
11.08.2017
Nous tenons à te re-préciser que la thématique de ce dossier concerne les remakes, ce qui exclut de facto les adaptations de romans ou de comic books qui sont, par définition, de nouvelles adaptations. Un sujet qui pourrait faire l'objet d'un dossier à part entière, mais pas ici, pas maintenant.

À l'occasion de la sortie de «Sleepless», remake du polar français «Nuit blanche» de Frédéric Jardin datant de 2011, Cinktank te propose un voyage fabuleux dans le monde merveilleux des remakes. Un monde fascinant, multiple et foisonnant. Et afin de ne pas faire le touriste de base, il s'agirait d'en évacuer directement les clichés. On t'en parlait hier ici, voici aujourd'hui la suite...


millenium-david-fincher

"SLEEPLESS", LE POLAR QUI NE RÉVEILLE PAS LE GENRE

Un remake, c'est nul car c'est trop facile à faire !

Là encore, c'est un raccourci un peu démago. Comme toute œuvre de création, et faire un remake reste de la création, il faut beaucoup travailler pour arriver à un résultat qui tienne la route. Le scénariste qui adapte le film original a le choix entre décalquer chaque scène et le retravailler vite fait, en soignant la devanture pour que ça passe mieux, ou bien il peut se dire que l'histoire de base mérite d'être plus travaillé, il peut corriger certains défauts, rajouter tout un tas de choses, propres à son style, et aboutir à un film qui arrivera à dire autre chose de complémentaire voire de complètement différent.
Et son travail bénéficiera ensuite de l'apport, négatif ou positif, des autres créatifs impliqués dans sa fabrication (réalisateur, acteur, producteur, directeur photo, monteur....). Faire un bon remake, tout comme faire un bon film tout court, est très difficile et demande beaucoup de travail.


insomnia-christopher-nolan

Avec les remakes, il n'y a plus de respect !

Le cinéma n'est pas un musée, c'est un art vivant. Notre époque évolue et chaque période peut prendre un film du passé, le remettre au goût du jour d'un point de vue formel et, parfois, apporter une nouvelle thématique ou bien de nouveaux enjeux, plus modernes, qui lui donneront une autre apparence, un fond plus actuel.

Cela ne veut pas dire que l'auteur du remake ne respecte pas l'oeuvre originale, juste qu'il pense pouvoir lui donner un nouvel éclat (même si l'Enfer est pavé de bonnes intentions, on en convient). Pareillement, certains films m'apparaissent comme difficile à refaire. Si on peut très bien imaginer refaire un jour « La balade sauvage » de Terrence Malick, « La ligne Rouge » apparaît davantage comme un film intemporel et trop particulier pour être refait. Et c'est le cas pour beaucoup de films.


vanilla-sky-mask

"LA TOUR SOMBRE", ADAPTATION RATÉE ET TRAHISON DE L'OEUVRE DE STEPHEN KING

C'est pas un remake, c'est un hommage !

La différence entre les deux est très ténue. Avec le post-modernisme, beaucoup de films «empruntent» énormément à leurs glorieux aînés : «Obsession» et «Pulsions» de Brian DePalma reprennent beaucoup d'éléments de «Psychose» et «Sueurs froides» (qui sont, eux, de pures adaptations) mais parviennent à exister en tant que film à part. C'est le cas pour tout le cinéma de Quentin Tarantino, qui «emprunte» beaucoup ailleurs (son «Reservoir Dogs» est ainsi presque un remake inavoué de «City on fire» de Ringo Lam.
«Le bon, la brute et le cinglé» de Jee-Won Kim est considéré comme un remake mais il s'agit aussi d'un hommage jouissif et très sud-coréen par plein d'aspects, qui ne garde que quelques ressorts narratif du chef d'oeuvre de Sergio Leone. Et on pourrait continuer ainsi longtemps.


pulsions-brian-de-palma


À lire aussi : LE REMAKE, CETTE FÂCHEUSE MANIE DU CINÉMA - PART 1

La mondialisation du cinéma encourage ce genre de pratiques mais cela crée des passerelles qui permettent, si le spectateur se renseigne et garde un œil curieux, de faire se rencontrer les cultures. "Et ça c'est beau", comme dirait Jean-Claude !

À suivre la semaine prochaine, les remakes France/USA (eh oui, ça marche dans les deux sens !)

texte : Loïck Guérel
rédaction Cinktank