The Avengers of Truth in War on Fake news: nos gardiens de la vérité

Edito
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15.06.2017
La désinformation n’a jamais été aussi présente, comme si le mensonge était subitement devenu la valeur refuge d’une économie médiatique sans âme. Mais des gens veillent.

La Vérité traverse une crise profonde.

Jadis, elle défilait dans nos vies avec grâce et assurance, telle Brigitte XXX* avançant sur le tapis rouge. Aujourd’hui, elle déambule hagarde et désorientée, telle Angel XXX** quittant le plateau du dernier Pascal OP. Les racines d’un tel déclin sont profondes.

Elles s’enfoncent dans les esprits marécageux et les egos emboliques de trolls faussement conscientisés, pour qui la propagation de fausses nouvelles est le seul moyen d’influer sur un monde qui marche sans eux.
Et ça fonctionne.
La désinformation n’a jamais été aussi présente, comme si le mensonge était subitement devenu la valeur refuge d’une économie médiatique sans âme. Mais des gens veillent.

Tapis dans l’ombre des salles de rédaction ou collés à la ligne de front sur le terrain, des journalistes consciencieux et déterminés refusent cette nouvelle monnaie d’échange.
Portraits de ces gardiens du temple pour qui la Vérité ne se négocie pas.

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Jeff Daniels alias Will Mc Avoy dans The Newsroom (2012 -2014)

the newsroom

Dans le monde de l’information en continu, Will McAvoy est un journaliste établi. Présentateur vedette de l’émission Night News sur ACN, Will n’a pourtant plus grand-chose à voir avec le reporter têtu et ambitieux à qui ses mentors promettaient le Pulitzer.

Mais bientôt, les dérives de l’infotainment l’arrachent à sa torpeur intellectuelle et le font renouer avec son serment de jeune diplômé : celui d’offrir au public une information exacte, étayée et non partisane.
Une renaissance pour le programme-phare de la chaîne câblée, qui n’évoquera plus les faits alternatifs que pour les déconstruire et en confiner les effets pervers. Fox News dislikes it.

True story : la performance de Jeff Daniels dans The Newsroom a été acclamée par la critique et saluée par des pairs reconnaissants (Emmy du meilleur acteur en 2013). Il avait pourtant laissé dans les mémoires l’image d’un gaillard pataud et sans cervelle, aux inspirations capillaires anarchiques et mimiques faciales emojiesques (cf. Trump and Dumber Dumb and Dumber, 1994). De là à dire qu’il aurait été plus crédible en ennemi de la Vérité qu’en son plus fervent défenseur…


April O’Neil dans Les Tortues Ninja (1987 - 1996)

april o'neil

New York City est un théâtre de choix pour une criminalité avide de représentations.
La ville attire l’élite du banditisme qui, des flammes plein les yeux, rêve de conquérir Broadway et d’en brûler les planches. Littéralement. Au cœur du chaos, une jeune et intrépide reportrice enquête sur une série de vols dans les industries de pointe. Elle s’appelle April, travaille pour Channel 6 et arbore sur le terrain une combinaison jaune poussin qui met le concept de discrétion en PLS.

Ses expéditions en terres hostiles vont la conduire sur la route des Tortues Ninjas et sous les feux croisés de Shredder et Krang ; mais elle s’en moque. Seul importe what’s fit to print.

True story : durant sa carrière, April ne manqua jamais de révéler un scoop, quitte à prendre des risques inconsidérés pour des infos à peine anodines.
Curieusement, il ne lui parut pas indispensable de signaler aux New-Yorkais(e)s la présence de batraciens humanoïdes géants amateurs de pizzas et de ninjutsu dans les égouts de leur ville. On plaidera l’étourderie.

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Jimmy Valmer dans South Park (1997 - en cours)

south park

Jimmy Valmer est un garçon qu’il serait injuste de réduire à ses handicaps. Son bégaiement ne l’a pas privé d’une carrière de stand up artist, pas plus que ses jambes atrophiées ne l’ont empêché de pacifier les Crips et Bloods de Denver.

Aussi, le retrouver à la tête du journal de l’école n’a-t-il rien de vraiment surprenant. Rien d‘étonnant non plus à ce que la ligne éditoriale de son canard porte en elle l’irrévérence et la subversion dont il s’est fait une marque de fabrique.
Mais son style ne fait pas l’unanimité.
Et les ciseaux de la censure de s’agiter lorsque paraît un article dénonçant le PC Principal fraîchement nommé qui, sous couvert de préserver la morale à South Park, ne chercherait en réalité qu’à défoncer le maximum de chattes avec ses copains frat boys. Un pavé dans la mare (de Stark).

True story : en dénonçant les orgies des confréries PC (pour Politically Correct), Jimmy attaque le nouveau directeur de l’école… qu’il sait aussi être le directeur de publication de son propre journal.
Son remplacement par un nouveau rédacteur chef est inévitable mais Jimmy n’a cure de voir sa carrière mourir dans l’œuf : seule compte l’information

Vous avez dit « intégrité » ?


Rachel McAdams alias Sacha Pfeiffer dans Spotlight (2015)

spotlight

Dans Luc 18:16, Jésus dit aux hommes « Laissez venir à moi les petits enfants ». Ce à quoi les cléricaux répondirent « OK mais on prend une com’ au passage ».

Sacha Pfeiffer, du Boston Globe, aime aussi pouvoir goûter les échantillons de ses friandises préférées. Mais à condition qu’elles soient légales. Alors quand des victimes d’abus sexuels sortent de l’ombre et lui font parvenir des témoignages généreusement documentés de leurs agressions passées, la journaliste monte au créneau.

Débute alors pour elle, Michael (Mark Ruffalo) et Walter (Michael Keaton) une incursion dans les backrooms de l’Eglise catholique américaine, où passion, pression et double pénétration sont les maîtres-maux. Les voies du Seigneur resteront-elles impénétrables ?

True story : il n’est jamais vain de vouloir rendre public un scandale. Cela dit, retourner la moitié du Massachussetts pour démontrer que des hommes en soutane aiment à faire courir des langues prépubères sur les reliefs veineux de leurs teubs flétries et parcheminées, ce n’était peut-être pas nécessaire.

On ne sort pas le bélier pour les portes ouvertes.


Rémy Belvaux alias Rémy dans C’Est Arrivé Près De Chez Vous (1992)

C’Est Arrivé Près De Chez Vous

Les serial killers fascinent. Web, télé, radio, presse écrite… aucun média n’ignore le phénomène et pourtant, la retranscription qu’ils en font reste globalement déplorable.

Lassés qu’on leur ressasse ces contre-vérités, Rémy et son équipe partent à la rencontre de Ben (Benoît Poelvoorde), tueur de son état, pour goûter l’amère réalité de ses virées sanglantes. Loin des clichés faciles dont nous gave un cinéma en mal d’inspiration, Rémy signe un reportage authentique, sans fard ni mise en scène, entre documentaire et snuff movie.

Une chronique sincère où, au lieu d’assassin surdoué aux rituels ésotériques méticuleux et mobiles affectifs complexes, il n’est question que d’un homme. Tour à tour finaud… tour à tour polisson… tour à tour gangster… mais tour à tour généreux.

Une œuvre de réhabilitation en somme.

True story : via son documentaire, Rémy démystifie la vie trop souvent fantasmée des tueurs en série et rétablit des vérités que l’on n’attendait plus.

Mais ce fait d’arme plutôt flatteur n’évince pas les multiples franchissements de ligne jaune du réalisateur, devenu à son tour violeur puis meurtrier au cours du tournage.
Le journaliste doit n’être qu’un témoin privilégié : implication, oui ; compromission, non.

XXX* : Bardot / Macron / Lahaie / Fontaine / femme de flic - rayer la ou les mentions inutiles
XXX** : c’est son vrai nom - ne rien rayer du tout

MJC