On est allé voir "Wonder Woman" avec une femme

Edito
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10.06.2017
Voilà, toutes ces questions auxquelles nous n'avions pas de réponse car nous n'avions vu le film de Patty Jenkins que par le truchement de notre pauvre condition masculine. Mais c'est chose révolue.

Le film tant attendu sur une des premières super-héroïnes est sorti. Il a tout explosé au box-office américain (plus de 103 millions de dollars le weekend de sa sortie) et il frôle maintenant les 300 millions de dollars de recettes mondiales. Au bout d'une semaine et demie, oui.



Alors nous on l'a vu, tu peux même cliquer juste ici pour lire notre critique.

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Mais ça ne nous suffisait pas. Malgré toute notre bonne volonté, nous ne sommes que des hommes. Et aller voir un film de super-héroïne réalisé par une femme lorsqu'on n'est qu'un homme, c'est finalement ne pas avoir toutes les clés.

Alors on a fait quoi ?

Eh bien on est allé le voir avec une femme. Chose qui, comme on pourrait s'y attendre, est une bonne solution pour bien capter chaque détail. Pourquoi Wonder Woman parle d'amour alors qu'elle pourrait leur défoncer la gueule à tous. Pourquoi elle réagit si brutalement lorsqu'un cheval est en détresse, alors que Batman il le tuerait et le mangerait. Pourquoi elle laisse tout tomber lorsqu'elle voit un bébé en pleine rue, alors que Superman lui il s'en foutrait un peu ? Pourquoi croire que c'est l'Amour qui sauvera les hommes alors que c'est surtout la Justice League ?

Voilà, toutes ces questions auxquelles nous n'avions pas de réponse car nous n'avions vu le film de Patty Jenkins que par le truchement de notre pauvre condition masculine. Mais c'est chose révolue.


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Après avoir fait le tour de nos contacts afin de savoir lequel connaissait potentiellement une femme, nous avons réussi à obtenir un numéro. Et après une discussion truffées d'arguments de bonne foi où nous avons, mon associé et moi-même, redoublé de stratégies de persuasion (usant de toutes nos techniques de rhétorique), ça y est. Nous avons trouvé une femme pour nous accompagner au cinéma. À nous les astuces, les secrets, la compréhension totale de Wonder Woman. Cet être plein de bons sentiments créé par William Moulton Marston, un homme plein de bons sentiments lui aussi.

LE CRÉATEUR DE WONDER WOMAN, PSYCHOLOGUE, FÉMINISTE, PIONNIER DU DÉTECTEUR DE MENSONGE ET ADEPTE DU POLYAMOUR!

Projection du film

Déjà on doit se décaler parce que soi-disant, une femme entre deux mecs au cinéma c'est louche. Alors que pour nous c'était simplement une question de praticité. Chacun de nous pouvant nous pencher vers la femme pour lui poser nos questions le film avançant. Mais non, il a fallu changer de place. Soi-disant qu'on s'étale. Première expression de la mauvaise foi féminine qu'avec une certaine classe nous contournons.

À en observer les réactions de la femme tout au long de "Wonder Woman", il semble évident que le sujet est traité d'une manière assez intelligente pour ne pas faire trop Girl Power (les femmes auraient senti le truc venir) comme l'était par exemple Harley Quinn dans "Suicide Squad" (les femmes ne l'ont pas senti venir). Et Patty Jenkins n'a pas fait un bête renversement de codes, même si le seul corps que l'on verra dénudé est celui de Chris Pine, et que femme comme homme, on ne peut nier le fait qu'il est bien gaulé ce con.


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Donc voilà le film touche à sa fin. Moi je touche à mon portable. Mon associé touche à ses lunettes et la femme touche à son paquet de Maltesers quelle avait pris pendant la séance. Commencent alors les premiers avis :

"_ Alors ? Tu as trouvé ça comment ?
_ Je suis partagée, c'est beau et pas putassier. Mais Wonder Woman a t-elle réellement besoin d'être tout le temps positive ?
_ Bien entendu, mais ce film c'est comme une perte de virginité, non ?
_ Non une perte de virginité c'est nul et souvent alcoolisé.
_ Non mais la métaphore. Cette jeune fille bercée d'illusions, qui se prend en pleine face un monde dégueulasse et se rend compte que ses valeurs ne sont pas adaptées...
_ Je suis soulagée de voir que vous touchez peut-être enfin du doigt notre grand drame à nous les femmes. Élevées dans l'attente judéo-chrétienne d'un prince charmant qui n'existe pas. Élevées dans la tradition de la femme-mère alors que maintenant on peut avoir des enfants sans vous. Croyant à des choses telles que l'Amour parce que OUI l'Amour est quelque chose qui nous anime.
_ Euh, c'était quoi ma question déjà ?
_ Et voilà. Je parle de choses qui vous dépassent et je vous perds.
_ Non mais calme-toi, c'est juste un film de super-héros...
_ De SUPER-HÉROÏNE les gars, de SUPER-HÉROÏNE. Vous croyez que vous nous faites plaisir en nous sortant ENFIN un film sur une meuf forte - qui, soi dit en passant, est bien la seule à ne pas prendre ses pouvoirs comme une malédiction, pas comme ces autres tapettes de super-héros débiles. On nous sort enfin un film comme ça et vous croyez qu'on va vous dire merci ? Mais sans les femmes qui vont voir vos conneries d'Avengers...
_ Euh DC c'est la Justice League.
_ Toi ta gueule ! Sans nous pour venir voir vos conneries vous en seriez encore à regarder "Street Fighter" avec Van Damme en vous touchant la nouille devant des pizzas. Alors OUI "Wonder Woman" est un film important, et d'ailleurs bien au dessus de Batman V Superman. Et OUI heureusement qu'on est là pour distiller un peu de douceur et de raison dans vos trucs de merde où un connard venu d'une autre planète est tellement con qu'il a pas compris qu'une lance, par définition, ça se LANCE, et que du coup on a pas besoin de se jetter avec !
Wonder Woman c'est Superman s'il avait un peu plus de couilles. Et sans nous pour venir au cinéma et entrer dans votre délire de geeks les studios auraient vraiment pas les moyens de démonter 10 fois New-York. Alors ok, Wonder Wowan elle aime, elle tombe amoureuse, elle est empathique. Mais vous voulez qu'elle s'excuse de vouloir faire le bien ?

Bref

Je vous épargne la suite de la discussion pour ne pas vous spoiler, au cas où vous n'auriez pas encore vu "Wonder Woman". On continue à discuter en sortant du cinéma et puis nous décidons de nous séparer après encore quelques échanges sur la suite du film. La femme nous fait remarquer que la psychologie de Diana Prince se rapproche fortement de choses déjà vues chez Tolstoï. Mais bon, Tolstoï c'est pas un joueur de foot qui existe. Elle est mignonne à essayer de nous faire croire qu'elle s'y connait en sport...


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rédaction Cinktank