Interview : Quand Kevin Feige (Marvel) et Geoff Johns (DC) étaient stagiaires ensemble

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07.07.2017
Pour arriver à cela, nous avons été le plus fidèle au personnage tel qu’il est dans les comics, c’est à dire un adolescent qui passe sa vie au lycée et qui rentre le soir pour dîner. C’est ce Spider-Man là qu’on voulait montrer, ce qui n’a jamais été fait auparavant, hormis dans quelques rares scènes.

En interview pour Le Film Français, le boss de Marvel Kevin Feige a révélé des éléments assez drôles de la production de "Spider-Man: Homecoming" ainsi que sur ses débuts dans l'industrie du cinéma. Normalement c'est du contenu exclusif réservé aux abonnés, mais comme on est des gens sympas, on te la balance ici. Gratuit. Cadeau. On est comme ça nous.


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Comment a démarré le projet Spider-Man : Homecoming ?

Tout a véritablement commencé au cours d’un déjeuner avec Amy Pascal qui, à l’époque où The Amazing Spider-Man : le destin d’un héros venait tout juste de sortir (en 2014, Ndlr), était à la tête de la production chez Sony. Elle m’a parlé de ses plans pour la suite des aventures de l’homme araignée, m’a demandé mon avis, de lire lescénario et si je pouvais l’aider avec des notes. J’ai été honnête avec elle. Je lui ai dit que je n’étais pas bon pour ça, que je n’aimais pas commenter les films des autres. Tout ce que je sais faire, ce sont des films. Et je lui ai dit : "Pourquoi ne me laissez-vous pas faire le film ? Sony garde les droits, nous nous occupons du créatif et voilà." Elle était un peu contrariée, et le déjeuner s’est rapidement terminé. Mais elle m’a rappelé dans la foulée pour me dire que mon idée était probablement la bonne. Environ six mois plus tard, le projet démarrait.

##Les deux derniers épisodes de Spider-Man ont rencontré moins de succès au box-office que la trilogie de Sam Raimi au début des années 2000. Était-il vital de l’associer à d’autres superhéros ? Est-il devenu fragile ?

Détrompez-vous. Spider-Man est toujours le superhéros qui vend le plus en produits dérivés, qu’il s’agisse de chaussettes, jouets, pyjamas, draps de lits, casquettes. Beaucoup plus que Iron Man, Hulk ou les Avengers.


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Plus que Dark Vador et Star Wars ?

Je n’en suis pas sûr. Dans l’univers Marvel, c’est lui qui domine les ventes. Mais sinon, dans le film en lui-même, il avait probablement besoin de soutien. Nous avons émis l’idée que nous pouvions raconter une histoire de Spider-Man en l’incorporant à d’autres superhéros. D’ailleurs, les publicités pour sa sortie le montrent beaucoup en compagnie d’Iron Man. Car l’autre histoire du film, c’est son hésitation à rejoindre les Avengers ou à rester le mec solitaire sympa du quartier.
Sony n’a montré que 12 minutes du film à la presse début juin, au cours desquelles, on devine une tentative de séduction auprès de la génération Youtube. Ce public est-il particulièrement visé ?
Quand vous regardez les films de Sam Raimi, ce ne sont pas des films d’époque mais ils pourraient l’être. Spider-Man utilisait une cabine publique pour téléphoner par exemple. Le réalisateur Jon Watts a été très tenté d’aller en ce sens, en effet. Pour lui, il était inconcevable que le lycée où évolue Spider-Man soit autre chose qu’actuel, avec des gamins de tous horizons, ce qui est la réalité à travers la planète. Donc, oui, il y a cette séquence où Peter Parker se filme comme un ado actuel qui posterait son film sur Internet. L’intention première n’est pas de viser une certaine catégorie de spectateurs, mais bien de montrer un Spider-Man que le public n’a encore jamais vu. Pour arriver à cela, nous avons été le plus fidèle au personnage tel qu’il est dans les comics, c’est à dire un adolescent qui passe sa vie au lycée et qui rentre le soir pour dîner. C’est ce Spider-Man là qu’on voulait montrer, ce qui n’a jamais été fait auparavant, hormis dans quelques rares scènes.

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Comment le producteur que vous êtes s’est impliqué dans le film ?

Au jour le jour, dans le développement de l’histoire et du script au stade de la préproduction. Nous avons tourné le film à Atlanta au même moment où nous tournions Les gardiens de la galaxie vol. 2. Je n’étais pas tous les jours sur le tournage, contrairement à l’étape de la postproduction et surtout du montage. C’est ma partie préférée quand quatre ou cinq personnes se retrouvent dans une pièce et font le film final.

Le casting, pour ce type de films, est déterminant. Comment avez-vous découvert Tom Holland qui incarne Spider-Man ?

Nous avons passé beaucoup de temps pour le recrutement. Sarah Finn est notre directrice de casting depuis le début des films Marvel. Nous voulions un garçon de 15 ans. Par forcément âgé de 15 ans mais qui ait l’allure d’un adolescent. C’est différent des autres Spider-Man où le personnage avait l’air d’avoir une vingtaine d’années, incarné par des acteurs approchant de la trentaine. Nous avons casté des Australiens, Anglais, Américains. Nous pensions que ce serait mieux qu’il soit américain. Nous avons aussi vu des Français – à ce sujet, j’adorerais avoir Jean Dujardin un jour dans un film Marvel. Et puis débarque cet Anglais, Tom Holland, à l’audition. D’abord les comédiens se filment eux-mêmes, puis ils arrivent dans une pièce où ils sont enregistrés. Plusieurs centaines de gamins se sont présentés, la liste s’est réduite à cinq prétendants. Nous les avons emmenés à Atlanta pour des essais avec Robert Downey Jr. Il s’est passé quelque chose de magique entre Tom et Robert. C’est exactement comme si Peter Parker rencontrait Tony Stark : un gars de la rue face à une méga star. Nous avons aussi appris qu’il avait fait du théâtre dans le West End, qu’il était un gymnaste épatant. Ça, c’était un bonus. Au départ, il a été choisi pour ses talents d’acteur, pas de sportif.



Le rôle est donc taillé pour lui ?

C’est le meilleur Spider-Man jamais casté. Quand il porte le costume du superhéros, il fait aussi les cascades. Pas toutes bien sûr, mais parfois il montrait aux cascadeurs professionnels comment faire ! Spider-Man a des gestes qu’aucun être humain peut accomplir, et qu’on reproduit via ordinateurs, mais parfois, ces reproductions ont été basées sur de la motion capture prise sur Tom Holland. C’est la première fois dans tous nos films qu’un acteur montre de telles capacités. Il bouge comme Spider-Man.
Il a aussi fait une deuxième audition avec Chris Evans qui incarne Captain America, une version différente d’une scène précise qui commence par l’arrivée de Spider-Man dans le champ avec un saut périlleux. Tom propose de le faire. Chris Evans, qui ne le connaissait pas, lui dit : "C’est bon, gamin, vas-y, on te regarde." Et Tom déboule dans le champ ainsi, laissant Chris Evans sur les fesses ! Nous allons probablement mettre cette séquence en contenu additionnel du blu-ray. En tout cas, il y a eu une véritable alchimie entre Tom Holland, Robert Downey Jr. et Chris Evans. Sans compter qu’il est très impliqué dans le rôle, très motivé dans la promotion du film. Souvent, la décision la plus importante sur un film est le choix des acteurs. Chez Marvel, nous n’avons jamais été déçus. Dans le cas de Spider-Man, c’est aussi ce que nous avons vendu à Sony : l’acteur va pousser les spectateurs à revenir dans les salles.

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Chez Marvel, vous êtes assis sur un trésor, probablement l’un des plus précieux de toute l’industrie. Combien de personnages compte le catalogue ?

Le chiffre officiel est de 8 000. Certains vous diront qu’il y en a 13 000. Chacun peut-il devenir un personnage de film ? Non. Une centaine d’entre eux se retrouvent concentrés dans le personnage d’Iron Man, par exemple. Sur ce total, il y en a peut-être 200 intéressants. Et nous n’en avons exploité que très peu au cours des 16 films que nous avons produits.

Donc l’aventure Marvel peut encore durer pendant des siècles ?

Dans les années 1960, quand Stan Lee, Jack Kirby et Steve Ditko travaillaient sur ces personnages, je ne sais pas s’ils imaginaient qu’ils seraient un jour si populaires. Et je ne sais pas où nous serons dans 60 ans. Mais ils ont duré longtemps avant moi, et continueront à exister longtemps après.


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Depuis la réactivation de l’univers Marvel au cinéma, on imagine aisément que tous les personnages font l’objet d’attentions particulières tant ils génèrent des entrées. Comment traitez-vous vos superhéros ?

Etrangement, nous ne pensons pas avoir fait 16 films de superhéros, mais plutôt 16 de genres différents. Nous voulons couvrir tous les genres, fantastique, braquage de banque, comédie de lycée, dans lesquels nous ajoutons ces personnages, ce qui donne du fun au projet. Captain America : le soldat de l'hiver, par exemple, était un thriller politique sérieux, influencé par Les hommes du président d’Alan J. Pakula.
Avant chaque film, on cherche à savoir quels personnages Marvel peuvent s’intégrer. Le plus beau compliment récent c’était après une projection des Gardiens de la galaxie vol. 2 quand on est venu me voir en me disant : "Mais comment avez-vous réussi à me faire pleurer à la mort de cet extraterrestre bleu à la fin dont je n’avais que faire au début du film ?" L’émotion doit faire partie de nos films, tout comme l’humour. C’est un des traits des productions Marvel. En riant, les spectateurs s’ouvrent et on peut aller plus loin dans la réflexion. Le rire est une porte d’entrée. Nous prenons soin des personnages au sens où nous les faisons évoluer en fonction des films. Un personnage de comics qui a plus de 50 ans doit forcément changer. Nous les traitons comme de vraies personnes, qui peuvent faire des erreurs, chercher la rédemption. Je crois que c’est aussi une motivation pour les spectateurs d’assister à leurs changements. Chez Marvel, nous sommes les premiers spectateurs de nos personnages. Jusqu’ici, le public nous a toujours suivi. Mais nous n’analysons pas chaque film en nous pliant à ce qui a le mieux fonctionné pour le reproduire.

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Y a-t-il une guerre ouverte entre DC Films et Marvel Studios ?

Ce sont les fans qui aiment nous mettre dans cette position ! Avec Geoff Johns, le patron de DC Films, nous sommes amis de longue date. Nous avons été tous les deux stagiaires dans la société de production de Richard Donner, qui a réalisé le premier Superman en 1978. Nous avons organisé des déjeuners, nous avons même lavé des voitures et promené des chiens ensemble, au fil de nos stages et à mesure que nous grimpions dans le business ! Certes, il peut y avoir des rivalités, inhérentes à toute société de production, mais il n’y a pas de guerre.

Quelles sont les productions Marvel à venir ?

Thor: Ragnarok sort en novembre, puis Black Panther en février 2018, ensuite Infinity War, Ant-Man and the Wasp, Captain Marvel avec Brie Larson, et finalement les Avengers. Il y aura aussi un nouveau Spider-Man en 2019.



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propos recueillis par Vincent Le Leurch pour Le Film Français
rédaction Cinktank