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Les Talibans sont au pouvoir en Afghanistan depuis cinq mois sans avoir obtenu la moindre reconnaissance internationale.

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Le groupe appelle à un acheminement coordonné de l’aide humanitaire pour améliorer sa position

Paris :, 14 janv. (Cinktank.com) –

Les talibans fêteront samedi prochain leurs cinq mois à la tête de l’Afghanistan après avoir pris le pouvoir suite à la fuite précipitée, le 15 août, du président de l’époque, Ashraf Ghani, face à leur avancée vers Kaboul, bien qu’ils n’aient à ce jour obtenu la reconnaissance d’aucun pays ou organisation internationale.

Le groupe, qui a annoncé la restauration de l’Émirat islamique près de 20 ans après avoir été chassé du pouvoir par une intervention militaire dirigée par les États-Unis à la suite des attentats du 11 septembre 2001, s’est depuis battu pour obtenir une certaine reconnaissance et la levée des sanctions, sans succès.

Les talibans ont pris le pouvoir après une avancée territoriale fulgurante, cimentée par des mois de progrès sur le terrain et divers accords avec les autorités locales pour céder le pouvoir sans combat, alors que le soutien à Ghani s’est détérioré à la suite de l’accord de paix conclu en février 2020 entre les États-Unis et le groupe.

L’accord historique, qui a donné le coup d’envoi du retrait des troupes internationales, a été conclu sans la participation de Kaboul et, bien qu’il ait été le précurseur de pourparlers directs, ceux-ci se sont enlisés sans progrès, les talibans ayant intensifié leurs offensives sur le terrain, sapant ainsi la position des autorités.

M. Ghani a finalement fui le 15 août après le déploiement des talibans autour de la capitale afin, a-t-il affirmé par la suite dans diverses interviews, d’éviter une guerre totale dans la capitale qui serait une catastrophe encore plus grande pour la population.

Les autorités installées par les talibans ont ensuite vu les États-Unis et l’OTAN retirer leurs troupes et ont publié une série de déclarations pour tenter de rassurer la communauté internationale sur un changement en faveur de la modération par rapport à leur période précédente au pouvoir, dans le but de s’assurer un soutien.

Toutefois, les pays de la région ainsi que les grandes puissances et organisations telles que les Nations unies et l’Union européenne (UE) ont exigé du groupe des progrès tangibles et des mesures pratiques pour accorder cette reconnaissance, ce qui a depuis été compromis par la réimposition de restrictions sévères à l’encontre des femmes et des minorités dans le pays.

Cette situation s’est traduite par la création d’un gouvernement intérimaire qui ne compte ni femmes ni membres des principales minorités ou de l’opposition, et qui est au contraire rempli de talibans purs et durs, dont le cofondateur des talibans, le mollah Abdulghani Baradar. Les décisions sont également soumises aux ordres du chef du groupe, le mollah Hebatullah Ajundzada.

Bien que les talibans aient affirmé qu’ils ne reviendraient pas à la situation imposée il y a plus de deux décennies, leurs décisions politiques et les allégations d’exécutions extrajudiciaires d’anciens fonctionnaires et d’anciens membres des forces de sécurité n’ont pas contribué à faire évoluer la position internationale.

En effet, le vice-premier ministre afghan Abdulsalam Hanafi a déclaré en octobre que le gouvernement intérimaire actuel « est inclusif », tandis qu’Ajudzada a dû publier la semaine dernière un ordre appelant ses combattants à respecter l’amnistie qu’il a décrétée en août, face à des rapports faisant état de tortures et d’exécutions.

PÉTITION AUPRÈS DE L’ONU

Dans ce contexte, l’une des premières actions entreprises par les talibans a été de réclamer une reconnaissance internationale pour cimenter et légitimer leur pouvoir, en commençant par la nomination d’un représentant permanent auprès de l’ONU, qui n’a jusqu’à présent pas accepté ses lettres de créance.

Le groupe a choisi Mohamad Naim, jusqu’alors porte-parole des talibans au bureau politique du Qatar, pour cette tâche, bien que Ghulam Mohamad Isaczai, nommé par Ghani, soit resté en poste et ait été ratifié en décembre par l’Assemblée générale des Nations unies. Cependant, la légation a annoncé quelques jours plus tard qu’Isaczai avait été remplacé par Nasir Ahmad Faiq, une décision également critiquée par les talibans.

De leur côté, des pays comme le Pakistan et l’Iran ont appelé les talibans à annoncer des réformes en vue d’être reconnus, tandis que les États-Unis se sont montrés réticents à lever les sanctions imposées après la prise de pouvoir des talibans, malgré les critiques des nouvelles autorités quant à leur impact sur la situation humanitaire.

Le groupe a toujours affirmé qu’il progressait et qu’il garantirait les droits de l’ensemble de la population, une exigence internationale, même s’il a souligné à plusieurs reprises que cela dépendrait de l’application de sa vision très stricte et excluante de la « charia », raison pour laquelle ces conditions sont considérées avec suspicion.

Dans ce contexte, l’Organisation de la coopération islamique (OCI) a décidé en décembre de créer une délégation d’érudits islamiques chargée de s’entretenir avec les talibans sur toute une série de questions, notamment « la tolérance et la modération dans l’islam » et les droits des femmes, y compris le droit au travail et à l’éducation.

Les Nations unies et leurs partenaires humanitaires ont également lancé cette semaine un appel visant à réunir plus de 5 milliards de dollars (environ 4,406 milliards d’euros) afin de fournir une aide à 22 millions de personnes dans le pays et à 5,7 millions de réfugiés afghans dans cinq pays de la région ainsi qu’aux communautés dans lesquelles ils sont installés.

« Le monde est perplexe et cherche la bonne façon de réagir. Pendant ce temps, une catastrophe humanitaire de grande ampleur se profile », a déclaré Martin Griffiths, secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires et coordinateur des secours d’urgence. « Mon message est urgent : Ne fermez pas la porte au peuple afghan », a-t-il déclaré.

En réponse, l’administration afghane a proposé la création d’un organe conjoint pour coordonner l’acheminement de l’aide et le vice-premier ministre Abdulsalam Hanafi a déclaré que « l’objectif est de coordonner au plus haut niveau pour faciliter la distribution de l’aide humanitaire de la fraternité internationale aux personnes dans le besoin », selon l’agence de presse afghane Pajhwok.

Entre-temps, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, s’est prononcé jeudi en faveur de la suppression des « règles et conditions » empêchant l’acheminement de l’aide au pays – ce qui a été applaudi par les talibans – ajoutant que « des températures glaciales et des fonds gelés sont une combinaison mortelle pour le peuple afghan ».

CONTRÔLE AU SOL

Toutefois, l’absence de reconnaissance internationale ne change rien à la réalité : les talibans contrôlent le territoire afghan et ont établi des autorités reconnues par la population, bien qu’elles ne bénéficient pas du soutien de la majorité, comme l’a récemment rappelé le Centre international de lutte contre le terrorisme.

« C’est le cas même si l’entité est arrivée au pouvoir de manière inconstitutionnelle, du moins s’il n’y a pas d’entité rivale avec une revendication constitutionnelle valide, et même si elle est antidémocratique ou ne respecte pas les droits de l’homme », a-t-il déclaré, notant que « la logique est que le droit international a horreur du vide ».

Il a ainsi fait valoir que « prétendre qu’un gouvernement n’existe pas lorsqu’une entité politique exerce manifestement son autorité impliquerait que cette entité n’est pas liée par les violations des obligations internationales de l’État ou n’en est pas responsable », sans que le Conseil de sécurité des Nations unies se soit jusqu’à présent officiellement prononcé sur la légalité de la situation.

Malgré cela, la reconnaissance est importante pour les Talibans car elle leur permet de se légitimer, puisqu’elle implique que la communauté internationale accepte leur mandat en Afghanistan. Entre 1996 et 2011, seuls le Pakistan, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) ont reconnu l’Émirat islamique d’Afghanistan.

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